Trois semaines après la levée du confinement, au moment de l’ouverture des jardins, des plages, des bars et des restaurants, les discours des experts et des politiques évoluent et les éléments de langage changent.

Plusieurs ne croient plus à une deuxième vague immédiate alors que celle-ci était souvent utilisée comme un épouvantail pour freiner les désirs de liberté des français. Nos terrasses de cafés ouvrent ainsi avec plusieurs semaines de retard après celles de Rome, Barcelone et Berlin, bien évidemment dans le respect des mesures barrière et de distanciation. Notre Phase 2 du Déconfinement sera à nouveau fonction de la couleur des départements. Si l’orange passe au vert une harmonisation devrait être possible dès la fin du mois de juin.

De fait la décrue s’est confirmée et les indicateurs continuent à s’améliorer : près de 14 000 patients hospitalisés dont 1 300 en réanimation versus plus de 32 000 dont plus de 7 100 au pic de l’épidémie, absence de hausse du nombre de nouveaux cas (alors que l’on augmente le nombre de tests et un taux de transmission (R0) qui semble stabilisé autour de 0,6-0,7 alors qu’il dépassait 3 avant le confinement. L’identification d’une centaine de clusters épars sur le territoire, vite identifiés et circonscrits, a permis de confirmer l’intérêt d’une politique ambitieuse de détection. Mais la flambée de cas tant redoutée n’est pas arrivée malgré la reprise progressive de l’activité et des transports notamment…

Comment expliquer cette situation alors que depuis le 11 mai le nombre de contacts potentiels pour chaque personne infectée a bien évidement augmenté ? Plusieurs pistes sont en cours d’analyse . 

Il en est une nouvelle qui concerne l’immunité collective. Des études française (Institut Pasteur) et anglaise (Imperial College of London) craignaient qu’au moment de la sortie du confinement seuls approximativement 4,5% des français soient immunisés, bien loin du seuil estimé nécessaire de 60% pour venir à bout du virus. Or certains scientifiques pensent cependant qu’il ne faudrait pas considérer l’intégralité de la population comme une cible potentielle pour le virus : « Une partie non négligeable de la population pourrait ne pas être sensible au coronavirus, parce que des anticorps non-spécifiques de ce virus peuvent l’arrêter« , estime ainsi l’épidémiologiste Laurent Toubiana (Inserm), interrogé par l’AFP. Des chercheurs américains estiment en effet, dans la prestigieuse revue Cell, que 40 à 60% de la population pourrait être immunisée contre le Covid-19 sans même y avoir été exposée, grâce à une « immunité croisée » et une protection acquise après une exposition, dans le passé, à d’autres types de coronavirus causant des affections bénignes tels que des rhumes.

L’Inserm dans une note sur son site suggère, sur la base d’une étude publiée récemment, le caractère saisonnier du Covid, car même s’il semble être en mesure de causer des épidémies à tout moment de l’année, « l’automne et l’hiver sont des saisons plus propices à une recrudescence importante du nombre de cas ». Le virus semble plus virulent dans les lieux clos et l’été les regroupements sont plus fréquents à l’extérieur.

Selon de nombreuses études, notamment israélienne et hongkongaise, le Covid-19 se transmet principalement par l’intermédiaire de « super contaminateurs » (« super-spreaders ») qui pourraient contaminer jusqu’à 30 personnes : entre 5% et 20% des personnes contaminées pourraient être responsables de 80% des contaminations ! Ces contaminations à une large échelle se déroulent souvent à l’occasion d’un événement précis surtout dans des lieux fermés (rassemblements religieux, événements sportifs, boîtes de nuit …).

La rentrée pourrait ainsi être à risque si l’été faisait oublier les gestes barrière et les mesures de distanciation sociale….